Arvida Byström – la féminité 4.0

3 juin 2017

L’art a cette capacité à refléter la réalité, à façonner notre existence collective de manière nouvelle mais surtout inconnue. Il explore les diverses facettes de notre monde et vient lui donner une forme, du sens, un sens qui se matérialise différemment selon l’esprit duquel il émerge. Aujourd’hui, Internet occupe une place de plus en plus importante dans notre réalité. Il nous permet de nourrir ce besoin d’appartenance et d’estime de soi. Arvida Byström, artiste émergente connue pour son indéniable talent pour le selfie, a fait d’Instagram son terrain de jeu préféré et s’est donnée pour mission d’aborder cette réalité, à sa manière. On y retrouve une esthétique volontairement girly à outrance, avec juste ce qu’il faut de dérangeant pour mettre en lumière des problèmes bien réels. 

Depuis la nuit des temps, la présence masculine domine l’art, tenu par des hommes et pour des hommes depuis la Grèce Antique. Les hommes étaient les artistes, les sujets agissants ; les femmes étaient les modèles, les objets de l’art. Arvida fait partie de ce mouvement de jeunes artistes féminines qui se réapproprient le corps de la femme et la représentation qui en est faite, une représentation plus juste.  Ce qu’elle souhaite à travers son travail ? Mettre en lumière une idée toute simple :

LA FÉMINITÉ EST ACCESSIBLE SANS AVOIR À TRANSFORMER SON CORPS, IL N’Y A PAS QU’UNE SEULE FÉMINITÉ MAIS DE MULTIPLES MANIÈRES D’EXPRIMER CELLE-CI.

“Pics or it didn’t happen”, fameux adage de la génération internet signifiant que la photo est la seule preuve recevable, est aussi le nom du récent livre d’Arvida Byström, réalisé avec Molly Soda, autre instagrameuse de renom. Tétons, poils, fesses, tout est au rendez-vous dans ce recueil, ode aux photos tombées injustement dans les abysses de la censure sur Instagram.

Instagram est très clair sur ce qui est ou non autorisé sur sa plateforme, les contenus « violents, nus, partiellement nus, discriminatoires, illégaux, haineux, pornographiques ou sexuellement suggestifs » sont formellement interdits et finissent censurés. Mais une fois que l’on commence à creuser un petit peu, comme l’on fait Arvida et Molly, on découvre que les choses sont tout autre.

« CERTAINS CORPS SONT PLUS ACCEPTABLES. SI ON VOIT UNE PHOTO D’UNE FEMME MINCE EN BIKINI, C’EST SEXUALISÉ MAIS ACCEPTABLE. UNE PHOTO COMME CELLE-LÀ NE SERA SÛREMENT PAS RETIRÉE. PAR CONTRE UNE PHOTO D’UNE PERSONNE EN SURPOIDS AVEC BEAUCOUP DE POILS PUBIENS SERA PLUS FACILEMENT SUPPRIMÉE, PARCE QUE C’EST PERÇU COMME DÉVIANT. » MOLLY SODA POUR THE INDEPENDENT.

A travers ce recueil, ce n’est pas uniquement leur travail personnel qu’elle souhaite mettre en avant. Il s’agit aussi et avant tout de donner un second souffle à ces clichés bannis injustement et de dénoncer cette société qui nous impose des diktats incohérents sur ce qui est acceptable ou non. 300 pages dédiées à la beauté du corps quel qu’il soit, gros, mince, avec des poils ou sans. Une belle démarche qui vient s’opposer brillamment aux normes physiques irréalistes que l’on nous impose au quotidien.

« 300 PAGES DÉDIÉES À LA BEAUTÉ DU CORPS QUEL QU’IL SOIT, GROS, MINCE, AVEC DES POILS OU SANS. »

ARTICLE RÉDIGÉ PAR MORGANE SAMSON

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