LoG Music

31 mai 2017

« Pandora », c’est le premier EP de LoG, un duo composé de Matthieu Souchet et Romain Gaudiche. Leur premier disque sorti sur Eumolp Records est destiné à ceux qui prennent le temps. S’y côtoient, musique acoustique et synthèse… Créant une richesse sonore jamais entendue ailleurs. Un univers hybride et décalé, difficile à mettre dans une case. Rencontre avec Romain et Matthieu qui définisse avec humour et passion les caractéristiques de leur univers si particulier…

Qui êtes-vous et d’où venez- vous ?

Romain : A l’origine du groupe LoG, un duo machine batterie, nous sommes deux potes d’enfance ayant grandi en banlieue parisienne, à Draveil dans le 91 pour les connaisseurs . Pas très exotique mais ça a son charme ! Je suis pour ma part compositeur, producteur et bassiste. J’ai commencé à me plonger dans la musique vers mes 15 ans en montant un groupe de métal avec des potes du collège, c’est là que je me suis mis à jouer de la basse. Et de fil en aiguille, je me suis de plus en plus passionné pour la musique électronique, la musique contemporaine et la création en général.

J’ai par la suite eu la chance d’étudier au CRR (Conservatoire à Rayonnement Régional pour les profanes) de Paris avec le compositeur Denis Dufour, un artiste incroyable qui a probablement été une de mes plus grandes influences et sans qui je ne ferais probablement pas la musique que je fais aujourd’hui.

Matthieu : De mon côté je me souviens parfaitement le jour où j’ai voulu devenir musicien, je devais avoir 6 ou 7 ans. J’ai été fasciné par l’ingé son/DJ lors d’un mariage, j’ai clairement eu un déclic immédiat qui ne m’a jamais quitté. J’ai toujours fait de la musique depuis tout petit au conservatoire en démarrant avec l’éveil musical. Je suis passé par différents instruments mais la batterie a vraiment été mon coup de coeur dès l’âge de 10 ans. J’ai eu mon diplôme de Jazz et musiques improvisées au conservatoire d’Evry Courcouronnes avec Guillaume Roy et Jean-Yves Roucan où j’y ai appris la composition, le piano et la batterie. Puis j’ai continué à me former quelques temps avec Eric Echampard et François Merville. En parallèle j’ai obtenu une licence à l’université de Paris 8 en musicologie. Maintenant je joue dans plusieurs projets divers et variés pour vivre de la musique.

Et d’ailleurs pourquoi ce nom ? Pourquoi LoG ?
Romain : Hehehe la fameuse question, LoG a commencé quand à l’époque encore étudiant j’ai voulu donner vie à mes premières compositions électroniques, c’est là que j’ai fait appel à Matthieu afin d’officier derrière les fûts. Ayant déjà joué ensemble dans des projets allant du rock à tendance prog au hip hop, en passant par le jazz, cela m’a paru évident de faire appel à lui.

Et d’ailleurs pourquoi ce nom ? Pourquoi LoG ?
Romain : Hehehe la fameuse question, LoG a commencé quand à l’époque encore étudiant j’ai voulu donner vie à mes premières compositions électroniques, c’est là que j’ai fait appel à Matthieu afin d’officier derrière les fûts. Ayant déjà joué ensemble dans des projets allant du rock à tendance prog au hip hop, en passant par le jazz, cela m’a paru évident de faire appel à lui.

« CE QUI NOUS A TOUT DE SUITE PLU DANS CE NOM, AUTRE QUE SA DOUCE SONORITÉ C’EST SON RAPPORT ÉVIDENT AUX MATHÉMATIQUES CAR NOUS ADORONS JOUER AVEC LES CHIFFRES DANS L’ÉCRITURE DE NOS MORCEAUX. »

Nous aimions aussi la multiplicité de ses significations, allant des plus évidentes telles que “logarithme”, à “registre” en passant par des plus étonnantes tels que “buche” ! Dit comme ça, cela peut faire sourire. Mais le fait que le mot puisse prendre un sens différent selon le contexte nous a tout de suite rappelé une notion extrêmement importante dans notre façon de penser la composition. Une même intonation en fonction du fait qu’elle soit subie, choisie ou organisée, sera considérée respectivement soit comme étant bruit, son ou musique ! Et cela peut aussi bien fonctionner avec une trompette qu’avec un miaulement de chat. Son origine importe peu, tout est histoire de contexte. Cette idée de l’existence de différents niveaux de lecture est fondamentale dans notre grammaire musicale et est à l’origine du choix de notre nom.

Comment définiriez-vous votre style ?
Nous avons pris notre temps pour définir notre identité musicale, de part la refonte du projet jusqu’à la réalisation de notre premier disque qui nous a permis de clairement affirmer celle-ci. En revanche, je n’ai pas la sensation que nous puissions vraiment rentrer dans des cases stylistiques complètements balisées et normées, ce qui n’est d’ailleurs pas notre but. Actuellement nous nous définissons comme un groupe de musique électronique mutante, étant à la croisée de plusieurs styles musicaux, oscillant entre math rock, IDM ou encore hip-hop. Mais il me semble que l’idée prédominante est le fait que nous soyons dans une totale hybridation entre musique acoustique et musique électronique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quel est votre rapport à votre public ?
Matthieu : Nous nous sommes créés sur scène et non en studio. On se donne la permission de tester des choses en live et de prendre la température au sein du public. Des fois on se casse la gueule et d’autres fois c’est super. Je crois que cette expérience nous a permis de nous construire totalement à deux, de se chercher et de comprendre le fonctionnement de l’un et l’autre face à la création et à la scène. En live nous causons très peu et nous laissons notre univers le faire à notre place. On se rapproche fortement des DJs et de leur façon de penser un set, la musique y est reine et non l’individu. Le principe est de proposer à l’auditeur de prendre un train, notre train, et de se laisser guider d’une gare à l’autre tout en admirant le paysage et ce jusqu’à son terminus.

Romain : Il est vrai que le fait d’avoir pu nous confronter très rapidement au public sur des scènes telles que celles de la Maroquinerie, du Divan du Monde ou encore de la Flèche d’Or et du festival Astropolis a été une réelle chance et un élément déterminant dans l’évolution du groupe.
C’est par là d’ailleurs que l’intégration de la batterie en tant qu’élément à part entière de notre identité musicale a commencé.

Qu’est-ce qui fait votre singularité ?
Ce qui nous rend unique est en grande partie ce mélange entre acoustique et synthèse qui s’inscrit dans l’ADN même du projet. Le but étant d’associer la richesse sonore, plastique et d’écriture de la composition électronique, à la souplesse, la spontanéité et l’énergie du jeu instrumental. Tout en réussissant à créer un espace commun dans lequel ces deux univers peuvent évoluer en osmose, et à éviter le piège d’avoir deux entités distinctes simplement juxtaposées.

« DANS CE PROJET C’EST VRAIMENT L’IDÉE DE COMPLÉMENTARITÉ ET D’ÉQUILIBRE QUI PRÉDOMINE, AUSSI BIEN ENTRE CES DEUX ESTHÉTIQUES QUE DANS NOS PERSONNALITÉS D’AILLEURS. »

Vous souhaitez transmettre un message avec votre univers ?
Ce que l’on essaye de faire avant tout, comme dans tout autre art sûrement , c’est de transmettre des émotions à travers le spectre de nos oeuvres, des sujets que nous décidons de traiter et de notre sensibilité et ce de façon à chaque fois unique. Nous tentons tout simplement de nous exprimer de la façon la plus honnête qui soit tant que cela nous permet de communiquer notre ressenti de la façon la plus juste. Si il y a bien quelque chose que nous défendons à travers notre univers c’est une vision de la création qui se veut la plus libre et ouverte possible.

Quel est votre rapport à votre public ?
Matthieu : Nous nous sommes créés sur scène et non en studio. On se donne la permission de tester des choses en live et de prendre la température au sein du public. Des fois on se casse la gueule et d’autres fois c’est super. Je crois que cette expérience nous a permis de nous construire totalement à deux, de se chercher et de comprendre le fonctionnement de l’un et l’autre face à la création et à la scène. En live nous causons très peu et nous laissons notre univers le faire à notre place. On se rapproche fortement des DJs et de leur façon de penser un set, la musique y est reine et non l’individu. Le principe est de proposer à l’auditeur de prendre un train, notre train, et de se laisser guider d’une gare à l’autre tout en admirant le paysage et ce jusqu’à son terminus.

Romain : Il est vrai que le fait d’avoir pu nous confronter très rapidement au public sur des scènes telles que celles de la Maroquinerie, du Divan du Monde ou encore de la Flèche d’Or et du festival Astropolis a été une réelle chance et un élément déterminant dans l’évolution du groupe.
C’est par là d’ailleurs que l’intégration de la batterie en tant qu’élément à part entière de notre identité musicale a commencé.

Il y a une part de rêverie dans vos musiques, quelles sont vos inspirations, vos références ?
Matthieu : Oui effectivement il y a bien une part de rêverie dans notre musique.

« NOUS CHERCHONS À DÉVELOPPER L’IMAGINAIRE DE CHACUN DE NOS AUDITEURS À L’ÉCOUTE DE NOTRE DISQUE OU DE NOTRE LIVE. »

Pour mes inspirations je sors très souvent de l’espace musical pour créer. J’ai besoin de me représenter des choses plus visuelles, plus palpables. Etant un enfant des 90’s j’ai vite tendance à replonger mon imaginaire dans des films comme “Hook”, “l’histoire sans fin” ou encore de la SF, mais également dans des paysages ou des voyages que j’ai pu entreprendre.

Romain : Nous avons également énormément été influencé par des groupes de rock progressif des années 70 tels que Pink Floyd, des compositeurs de musique électronique comme Flying Lotus et Aphex Twin ou de musique contemporaine que sont Pierre Henry ou Denis Dufour. Comme a pu l’évoquer Matthieu plus haut avec son côté très 90’s comme il aime le dire, nous puisons une grande partie de nos idées de sources extra-musicales que ce soit des films, de la photo, le cycle de développement du coquelicot, de la littérature ou un documentaire animalier… Peu importe tant que cela éveille notre curiosité ! Le but étant de nourrir constamment son imaginaire qui n’est autre qu’un terreau permettant à l’oeuvre de se développer. C’est sûrement de là que provient ce côté rêveur dont tu parles.

Dans votre dernier EP, votre univers, vos sonorités, votre démarche nous absorbe. Comment l’expliquer ?
Romain : On a l’habitude de définir un thème que l’on va développer tout au long du disque dans le but de créer une vraie cohérence entre les morceaux et de raconter une histoire la plus lisible possible. L’Ep dans sa globalité est pensé comme une seule et même pièce divisée en plusieurs mouvements.

Pour ce disque, l’idée a été de parler de notre vision du processus de création. Toutes les étapes et les états par lesquels nous passons et sommes passés, notamment lors de la création de cette oeuvre, de l’idée initiale jusqu’à sa concrétisation, tout est représenté morceaux après morceaux. On se retrouve en quelque sorte dans une “inception” de la composition.

Matthieu : Nous avons pensé ce disque comme une expérience complète. Il est très important pour nous de développer un univers visuel aussi fort que celui de notre musique. Pour cela nous travaillons étroitement avec notre talentueux ami et designer Minh Ta depuis la création de LoG en 2012. Pour “Pandora” Minh s’est entouré du photographe Baptiste Olivier avec qui il a imaginé une série de 5 photographies représentant les 5 morceaux de l’EP.

« LE BUT ÉTANT DE TRANSFORMER AINSI L’AUDITEUR EN SPECTATEUR, EN LE PLONGEANT DANS UNE EXPÉRIENCE IMMERSIVE ET NARRATIVE AUTOUR DU PHÉNOMÈNE “D’INCEPTION” DE LA CRÉATION, DÉCRIT PLUS HAUT PAR ROMAIN. »

Quel moment préférez-vous lorsque vous créez un nouveau son ?
Romain : En ce qui me concerne c’est cet instant où une fois que tu as commencé une nouvelle composition tu passes par une phase de doute incroyable où tu as la sensation que rien ne fonctionne. Cela m’arrive quasiment systématiquement. Ca peut paraitre légèrement maso je sais, mais quand soudain après avoir pris un peu de recul tu arrives à trouver ce petit truc, le petit déclic qui fera que cela marche enfin, c’est une sensation incroyable ! C’est ce moment de transition du brouillard complet à la lumière que j’adore !

Matthieu : Je suis complètement d’accord avec Romain cette étape est très intéressante. Pour ma part j’apprécie les instants viscéraux ou durant l’étape de recherche les sons, l’harmonie ou les rythmes tournent en boucle. Tu entres dans une sorte de transe, happé par le plaisir de l’instant et ta réflexion intérieure. Mais par dessus tout je crois que mon étape préférée reste le moment où nous savons que c’est terminé. C’est un peu comme un accouchement au cours duquel tu vas passer par une multitude de phases/sensations pour à la fin sentir de la plénitude et du bonheur de voir ce que tu as accompli.

Quel a été votre premier coup de cœur musical ? Et votre dernier ?
Matthieu : Alors mon premier coup de coeur musical c’était tout petit avec “Le roi des papas”, un projet musical hyper bien ficelé et déconne créé par Vincent Malone pour les mioches. Un peu plus tard ,vers mes 9 ans, mon parrain m’a offert “A Taste Of Death” du groupe de death metal Loudblast. C’est vraiment le disque qui m’a donné envie de faire de la batterie. Pour mon dernier coup de coeur de ce mois-ci, on en parle souvent en interview mais franchement il défonce toujours autant le Rap Game, c’est l’album “DAMN.” de Kendrick Lamar. Une pure pépite à écouter immédiatement si vous êtes passé à côté.

Romain : Je ne savais pas que tu t’étais mis aussi tôt au métal, t’étais déjà un dur !
Si l’on remonte vraiment mais vraiment, vraiment loin, ma première cassette a sûrement été “Dur dur d’être un bébé” de Jordi, navré on fait tous des erreurs de parcours.
Plus sérieusement je pense que mon premier vrai coup de coeur musical, même coup de foudre si je puis dire, a été quand j’ai découvert l’album “Bitches Brew” de Miles Davis vers mes 18 ans. J’étais déjà passionné de musique depuis le collège, mais je ne me rappelle pas avoir pris de claque aussi forte avant de tomber sur ce disque qui m’a littéralement sidéré de part la puissance et l’audace des musiciens qui sont dessus. C’est une oeuvre absolument incroyable et qui je pense est celle qui m’a vraiment donné l’envie de composer. Depuis, pas mal d’autres disques et artistes m’ont vraiment touché comme récemment Jambinai, un groupe mélangeant métal et musique traditionnelle coréenne dont on a eu la chance avec Matthieu, de découvrir il y a peu l’excellent live. Mais si l’on parle réellement du dernier coup de coeur, je dois avouer que je rejoins Matthieu sur le dernier album de Kendrick Lamar qui, une fois de plus, nous sort une dinguerie de derrière les fagots comme lui seul sait le faire.

Ça vous évoque quoi la « Slow Life » ? En tant que slow média, chez mixn:match on prône la qualité plutôt que la quantité.
Romain : Je pense que c’est surtout le fait de prendre le temps de bien faire les choses et de les apprécier à leur juste valeur.

Par exemple pour la composition de Pandora cela nous a pris au total 1 an et demi avant d’en venir à bout, le temps de laisser mûrir notre musique pour qu’elle soit à point. C’est un peu comme un fruit au final il faut le cueillir au bon moment, c’est mon petit côté maraîcher. Quand tu vois que certains producteurs de musique arrivent à sortir des disques tous les deux mois, nos 1 an et demi pour sortir 5 titres peuvent paraître incroyablement long. Mais c’était le temps nécessaire pour nous afin de pouvoir écrire un projet parfaitement abouti.

« POUR LE COUP AVEC LOG, JE CROIS QUE NOUS SOMMES L’EXEMPLE TYPE DE LA SLOW LIFE. »

Matthieu : Le projet a pris son temps pour voir le jour mais nous serons encore fiers de parler de notre premier disque dans 30 ans. Actuellement l’industrie musicale a plus tendance à aller vers la quantité plus que la qualité en poussant au cul les jeunes compositeurs qui font un très bon premier disque, et qui du coup risquent de se casser les dents très rapidement sur le suivant par manque de maturité musicale. L’arrivée d’internet et du Home Studio a systématisé pour certains le fait de créer et de s’exposer très vite, ce qui peut donner parfois de très bonnes choses, je l’accorde. Mais si tu n’es pas actif en permanence et visible sur les réseaux tu disparais rapidement. Du coup j’aimerais bien qu’un jour plus d’artistes ne rentrent pas dans ce business game et essayent de garder au maximum leur intégrité artistique. Il m’arrive de taper un peu du point des fois mais toujours SLOW !

De nouveaux projets en routes ou à venir ?
Romain : Nous nous attelons actuellement à faire vivre au maximum “Pandora” sur scène et entamons en parallèle la composition de notre prochain disque.

Matthieu : Nous vous préparons également une surprise avec LoG pour l’automne prochain ! Il va donc falloir faire preuve d’encore un peu de patience ! C’est ça la Slow Life.

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INTERVIEW PAR DEBORA ATTAL

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