Anja Niemi

27 septembre 2016

Que voit-on lorsque l’on jette un rapide regard au travail de Anja Niemi ? Deux très belles figures féminines au milieu de décors à l’esthétique avoisinant la perfection. Mais comme on le dit si bien, il ne faut jamais se fier aux apparences. On vous conseille de vous arrêter quelques instants sur ces clichés et de prendre le temps (car si vous vous êtes retrouvé ici c’est pour cela avant tout, prendre le temps) de bien les observer, comme nous l’avons fait. Maintenant que c’est chose faite, vous commencez à entrevoir ce qui se cache dans le travail de Anja Niemi, vous comprenez peu à peu que quelque chose cloche, que cette perfection est bien trop gênante pour être réelle.

C’est en réalité bien plus que ça, les deux personnages fictifs ne sont qu’une seule et même personne, et servent à mettre en lumière la dualité constante à laquelle la femme doit faire face, ses paradoxes, toute la palette d’émotions qui l’anime. Tiraillée entre raison, et folie. Paix et colère. Sérénité et angoisse. Puissance et vulnérabilité. Qui y a t-il de pire que d’être confronter à soi-même et de ne pouvoir y échapper ?

« QUI Y A T-IL DE PIRE QUE D’ÊTRE CONFRONTER À SOI-MÊME ET DE NE POUVOIR Y ÉCHAPPER ? »

Mais qui est Anja Niemi ? Cette norvégienne dégaine depuis Oslo ses scénarios de femmes au foyer à la bipolarité évidente dans des décors kitsch des années 50. Des personnages à la fragilité presque palpable qu’elle met en valeur par l’utilisation d’une esthétique effrayante et comparable à celle du cinéaste David Lynch. Des compositions impeccables, parfois tragiques, tantôt humoristiques, pour celle qui se décrit comme une «perfectionniste notoire».

« DES PERSONNAGES À LA FRAGILITÉ PRESQUE PALPABLE QU’ELLE MET EN VALEUR PAR L’UTILISATION D’UNE ESTHÉTIQUE EFFRAYANTE ET COMPARABLE À CELLE DU CINÉASTE DAVID LYNCH… »

C’est en parcourant un article sur les villégiatures marines offertes aux ménagères norvégiennes durant les années 50, qu’elle se met à imaginer les séries Starlet et Do not disturb. Dans ces séries, elle décide de mettre en exergue des femmes au bord de la crise de nerfs dans des chambres à la profonde mélancolie vintage.

Mais si l’on devait citer une série de Anja Niemi, une série notable et inspirante, ce serait sans hésiter Darlene & Me. Tout à commencé avec l’achat en ligne d’une valise datant du milieu du siècle dernier. Le contenu d’une valise qui témoignait d’une profonde tristesse et solitude et de laquelle a éclos le portrait d’une héroïne en souffrance, rongée par ses démons intérieurs et devant faire face à son « moi ».

A travers cette série, elle nous propose donc de faire la connaissance de Darlene, cette esthéticienne de luxe de la fin des années 50. Et c’est en usant d’une sorte de dédoublement de la personnalité interprété par un seule et même modèle incarnant deux femmes prises ou éprises de fascination et de répulsion l’une pour l’autre, que Anja Niemi réinterprète son histoire. L’histoire d’une femme en quête douloureuse et constante de perfection mais qui finit toujours par se heurter à l’échec et la frustration.

PAR LE BIAIS DE SON TRAVAIL ET DE SES PERSONNAGES FICTIFS, ANJA VOUS INVITE À EXPLORER LA RELATION COMPLEXE QU’UNE FEMME ENTRETIENT AVEC ELLE-MÊME AU QUOTIDIEN.

Article rédigé par Morgane Samson

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