Rémi Parson & Isolaa Records

31 janvier 2017

« JE SUIS OBSÉDÉ PAR LA NOTION DE CRÉATION, C’EST LA SEULE CHOSE QUI ME PARAÎT FAIRE SENS. »

ALORS QUE NOUS ÉVOLUONS DANS UN MONDE OÙ LES GENRES MUSICAUX PERDENT UN PEU DE LEUR SENS, REMI PARSON, FRENCHI EXILÉ À LONDRES REVIENT, APRÈS SON PREMIER ALBUM PRÉCIPITATIONS SORTI CHEZ OBJET DISQUE EN 2015, AVEC LA SURPRISE. ENTRE COLDWAVE ET POP, SON NOUVEL EP, DISPO DEPUIS LE 27 JANVIER 2017, MÊLE AUDACE, MÉLANCOLIE ET SENSIBILITÉ. PROPULSÉ PAR LE COLLECTIF ISOLAA RECORDS, À QUI NOUS AVONS ÉGALEMENT POSÉ QUELQUES QUESTIONS, REMI PARSON, FAIT LA DIFFÉRENCE AVEC UN UNIVERS MUSICAL IRRÉSISTIBLE, TEINTÉ D’UNE VOIX DOUCE ET SINCÈRE. UN SAVANT MÉLANGE QUI NOUS A FAIT CRAQUER CHEZ MIXN:MATCH MAGAZINE.

 

Est-ce que tu pourrais te présenter ? Nous dire d’où tu viens et ce qui t’as poussé à faire de la musique.
J’ai 35 ans et j’habite Londres depuis 10 ans, où j’ai déménagé après une enfance passée à Montauban et des études effectuées entre Toulouse et Grenoble. Ma famille n’était pas tellement portée sur la musique, à l’exception d’un de mes grands frères. Je devais avoir 11 ou 12 ans quand je lui ai chipé sa guitare électrique qui prenait la poussière sous son lit. Je n’ai jamais plus arrêté de gratter, pianoter, tapoter, depuis. Et je joue encore sur cet instrument qui craque de partout. Comme j’étais très branché dessin et collage à l’époque, je crois que ma première motivation a été de remplir des cassettes de pseudo-chansons à toute vitesse afin de pouvoir m’attaquer aux pochettes.

« CE QUE JE N’AI PAS EN TECHNIQUE JE LE COMPENSE AUTREMENT. MES LIMITES, C’EST MOI. TOUT LE RESTE PEUT S’APPRENDRE. »

Comment définirais-tu ton univers, ton travail ?

J’ai envie de façonner un univers qui me ressemble, en essayant d’être le plus sincère possible. Ça prendra du temps pour explorer les différentes facettes, pour tracer un portrait fidèle mais c’est ce qui fait tout l’intérêt de la démarche. Après des années à jouer en groupe, à écrire avec et pour les autres, j’avais besoin de ça. Et en chantant sous mon nom, les choses sont claires d’entrée. Même si ma musique peut sembler marquée (mélancolie, sons synthétiques…), je ne m’interdis rien, aucun virage brutal. Ça correspond bien à ma façon de travailler, dans mon coin, à mon rythme, selon mes envies et avec le minimum d’intervention extérieure. Comme je suis plus ou moins autodidacte, on pourrait comparer mon travail au folk art, l’analogie fonctionne bien. Ce que je n’ai pas en technique je le compense autrement. Mes limites, c’est moi. Tout le reste peut s’apprendre. Ça ne m’apporterait pas la même satisfaction.

Comment naissent tes musiques ?

Elles naissent à même le logiciel la plupart du temps. Il est rare pour ce projet que je compose les morceaux en amont, avant de les enregistrer. Je fonctionne généralement par couches ; d’abord le rythme, puis la basse et ainsi de suite, j’accumule et je soustrais. J’écoute beaucoup la démo, je me promène partout, je la teste par temps de pluie, par matin fatigué et soirée calme. Et enfin, j’écris et je chante.

 Et quel moment préfères-tu lorsque tu créer un nouveau son ?

Je crois que j’aime quand la chanson est finie. Comme ça je peux l’écouter tranquillement. Avant de passer à la suivante !

Y-a-t-il une influence plus pop qu’électro ?

Ma musique est principalement électronique, j’ai un amour immodéré pour les synthés, les boîtes à rythmes, mais je viens de la pop lo-fi, de la guitare et ça s’entend sans doute un peu dans ma façon de composer des chansons, avec cette idée de couplet/refrain et de formats courts. Mes références en matière « d’electro » sont plutôt vintage, plus Depeche Mode, New Order ou ce que pouvait sortir Warp dans les années 90, que la scène actuelle. Mais certains sons reviennent au goût du jour, il y a donc forcément des correspondances.

Comme tu vis à Londres, en tant qu’artiste français, c’est un avantage de vivre en Angleterre ?

Ce n’était pas un calcul mais je crois qu’au final ça me convient mieux d’être à l’écart des scènes, des réseaux classiques. Bien-sûr, il n’est pas évident de tourner ou d’accepter des propositions, forcément plus nombreuses en France, c’est moins spontané. Ici en Angleterre, je dirais que c’est probablement un avantage le côté français, c’est une forme d’exotisme. Le projet a été bien reçu ici, même si la non-compréhension des textes enlève une dimension à l’expérience. Le milieu musical et l’ambiance des concerts sont assez différents à Londres, plus informels. Question d’habitude sans doute, mais je m’y sens presque plus à l’aise.   

« TOUT PETIT, J’ÉCOUTAIS DES 45 TOURS DE CONTES OU D’HISTOIRES TOUTE LA JOURNÉE, PLEINS D’INTERLUDES MUSICAUX DRAMATIQUES QUI ME FAISAIENT FRÉMIR. »

Quel a été ton premier coup de cœur musical ? Et ton dernier ?

Tout petit, j’écoutais des 45 tours de contes ou d’histoires (Sinbad le marin, Riquet à la houppe, Zorro…) toute la journée, pleins d’interludes musicaux dramatiques qui me faisaient frémir. Sinon les Fabulettes d’Anne Sylvestre, surtout le tube « Muse Musaraigne », doivent compter parmi mes premiers coups de cœur. Je ne suis pas toujours très au fait des nouveautés mais dernièrement, j’ai beaucoup aimé Orchidée Noire et Fragrance, deux très beaux projets synth wave. Si ce n’est pas déjà fait, il faut aussi écouter mes amis de Requin Chagrin. Enfin, j’écoute inlassablement Joep Franssens, sa pièce Harmony of the Spheres en particulier.

Quelles sont tes influences… Ce qui t’inspire majoritairement dans la vie ?

L’art sous toutes ses formes. En musique, j’admire beaucoup My Darling You!, Chevalier Avant Garde ou John Maus, mais la peinture et l’architecture ont une place tout aussi importante à mes yeux, et plus largement, la vie des artistes, les idées qui animent leurs œuvres et le contexte historique, les sociétés qui les ont vu naître. Je suis obsédé par la notion de création, c’est la seule chose qui me paraît faire sens.

« CERTAINES DE MES PROCHAINES CHANSONS TRAITENT DE CES SOIRÉES PASSÉES À ZONER, ZAPPER SUR INTERNET PLUTÔT QUE DE DORMIR OU D’APPRENDRE QUELQUE CHOSE… »

Ça t’évoque quoi la « Slow Life » ? En tant que slow média, chez mixn:match on prône la qualité à la quantité.

Ça me parle. Peut-être est-ce dû à mon grand âge, à toutes ces infos, ce brouhaha constant, mais j’ai envie de ralentir et de me concentrer sur des choses plus « qualitatives ». Ça sonne sans doute cliché, sur le mode « j’élève des chèvres », mais je ressens une véritable sensation de trop-plein. J’ai grandi dans l’époque « d’avant », pas nécessairement plus qualitative d’ailleurs. Mais y dénicher de l’information, des disques, etc., demandait pas mal d’effort et parfois de chance. Aujourd’hui l’effort principal consiste à faire le tri entre toutes ces offres, tout ce flux. Certaines de mes prochaines chansons traitent de ça, de ces soirées passées à zoner, zapper sur Internet plutôt que de dormir ou d’apprendre quelque chose… Je me dis qu’en mettant l’accent sur cette exigence alliée à tous ces nouveaux moyens de communication et de partage, il y a de quoi faire quelque chose d’assez bénéfique.

Des nouveaux projets en route ou à venir ?

En ce moment, je travaille sur mon deuxième album et je pense à partir de Londres pour une destination encore indéterminée. Ça fait deux projets de taille pour cette année, je crois que je ne vais pas m’ennuyer.

Découvrez le nouveau single de Rémi Parson. Entre coldwave et pop, ces deux nouveaux titres, dispo depuis le 27 janvier 2017, mêlent audace, mélancolie et sensibilité.

02 Du Pétrole

Comment a débuté l’aventure ISOLAA Records ?

L’aventure ISOLAA est née par la rencontre de producteurs de musique, d’ingénieurs du son, de designers graphiques et de communicants se réunissant  pour travailler sur des projets musicaux mais aussi visuels mettant en avant des artistes dont nous apprécions l’univers.

Quelle message souhaitez-vous transmettre via votre collectif ?

Le collectif est avant tout un espace de création et de partage. Chaque projet est un échange entre artistes et membres du collectif, un laboratoire. Le plus important n’est pas d’arriver sur notre îlot artistique mais bien le voyage qui y mène.

Quels artistes sont signés chez ISOLAA ? 

ISOLAA est un label qui accueille des artistes pour un ou plusieurs projets au grès des envies de chacun. Nous avons travaillé avec des artistes tels que Rémi Parson,  De La Montagne, Anton Oak, Island Khizi, Vince Dolphin  mais également en nom propre (ISOLAA) car nous sommes également compositeurs.

Qu’est-ce qui fait l’identité de votre collectif selon vous ? Votre singularité ? Comment vous différenciez-vous ?

On donne vraiment carte blanche aux artistes en nous situant dans une approche non incarnée et en les accompagnant sans imposer notre vision. L’idée d’échange est au cœur de notre démarche et donc notre singularité se trouve sans doute aux croisements de ces mélanges d’influences ayant pour unique but la création d’émotions.

En concert le 23 février au Point Éphémère et le 11 mars à Montauban.

Un grand merci à Remi et Luigi de ISOLAA.

Article et propos recueillis par Debora Attal

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